Une année de Wwoofing, une année pour se retrouver

Une année sabbatique en Wwoofing

 Le WWOOFING ou World Wide Opportunities on Organic Farms se traduit en français par "Opportunités mondiales dans des fermes biologiques".

A la fin de son expérience d'un an en tant que wwofeuse, Frédérica, une nazairienne, a souhaité garder la trace de son année sabbatique hors du commun, elle a décrit ses 14 expériences, toutes différentes, au fil de son périple dans le Grand Sud-Ouest de la France.

Une année riche de découvertes et de rencontres dont elle se souviendra toute sa vie... voici son témoignage.

Wwoofing fredericaFrédérica à la traite des chèvres au Moulin de Barde - Périgord

 

 

Historique

Crée en 1971 par une citadine anglaise Sue COPPARD, en mal de nature, qui prend l'habitude de s'échapper le week-end à la campagne en proposant en échange du gîte et couvert de participer aux activités des fermiers qui l'accueillent. Cette super idée se répand et devient un concept mondial d'écovolontariat.

Devenue une association à but non lucratif loi 1901 qui œuvre pour la transmission des savoir-faire agricoles et un mode de vie écologique et socialement durable, le WWOOFing répond au désir de retour aux sources, aux vraies valeurs des générations, de plus en plus solidaires et à l’esprit « vert».

Pourquoi ? 

A 50 ans passés j'ai ressenti le besoin de me recentrer sur des valeurs qui me tiennent à coeur et faire un break dans une vie professionnelle et affective qui me pesait.

L'idée du wwoofing influée par mes filles a germé pour devenir une évidence, restait à régler une demande d'année sabbatique auprès de mon employeur, acceptée très facilement.

C'est pleine d'espoir et d'entrain que j'ai consulté la longue liste des hôtes recencés sur le site Wwoofing France (environ 1700 - et moyennant une adhésion annuelle de 25 € par personne ou 30 € pour un couple).

Carte Michelin en main j'ai paufiné mon itinéraire que je souhaitais effectuer dans le grand Sud-Ouest, région traversée à plusieurs reprises en prenant l'autoroute, sans prendre le temps de m'y arrêter. Le nom de certaines villes comme Albi, Cahors, Bergerac, Perigueux, Agen... chantait à mes oreilles… ainsi que la région du Gers, évocatrice du "bonheur est dans le pré !"

M'y prenant à l'avance, début janvier pour un départ mi avril, il a été très facile de trouver des hôtes prêts à m'accueillir.

Certains m'ont fait défaut avant mon départ, ce qui m'a appris à être vigilante et à réaliser qu'adhérer à cette association basée sur des valeurs morales ne dispensait pas de tomber parfois sur des personnes peu fiables.

J'ai créé un blog « Kammanenvadrouille » pour permettre à mes amis de suivre mes aventures et mes impressions.

Wwoofing frederica pain d ami

Fabrication de pâte feuilletée à la Ferme d'Olivet - Pain d'ami - Charente

Pour qui ?

Pour devenir Wwoofeur il faut être "majeur et... vacciné"... des personnes de tous âges, de toutes classes sociales sont tentées par l'expérience (l'une des wwoofeuses rencontrée par Frédérica avait 63 ans...)

Mais aussi désireux d'un retour aux sources, aux vraies valeurs et à l'esprit « vert », souple, tolérant et intéressé-e par une expérience de vie rurale qui parfois peut être très éloignée du confort quotidien. Il m'est arrivé de constater un écart profond entre ma notion de propreté et celle des mes hôtes, ce qui faisait rire doucement mes enfants.

Le wwoofeur ne doit pas remplacer un salarié, il n'a pas d'obligation de rentabilité. Travaillant 25 h maximum par semaine, il accompagne l'hôte dans ses tâches quotidiennes et variées.

Ce qui laisse du temps libre pour visiter la région : étant véhiculée, j'ai parcouru les petites routes de campagne pour découvrir de beaux villages dont certains endormis mais toujours charmants.

Au son du Jardin Poitevin

Mes premières valises je les ai posées chez Catherine « Au son du jardin Poitevin » dans les Deux-Sèvres, elle m'a initiée aux principes de la permaculture, formation dispensée par la célèbre « Ferme du Bec Hellouin » en Normandie. J'ai appris la culture sur buttes, le paillage, les mico-organismes, l'électro-culture...de bons conseils toujours utiles et de bons échanges ont ponctué cette 1ère expérience.

Au jardin du Crouzet

Ensuite, direction la Dordogne, nom évocateur d'une campagne luxuriante, vallonnée et charmante.

Paul et Geneviève, un couple de retraités belges m'hébergent « Au jardin du Crouzet » dans un petit gîte mitoyen où je prends mes repas du soir. Paul me fait découvrir le maraîchage sur bâche et sous tunnel, je plante les salades, betteraves, céléri... qui fleuriront son étale du marché de Rouffignac les semaines suivantes. Je suis initiée à la vente dominicale, stressante car il faut compter vite, mais ravie d'être au contact des clients. Baptême de tracteur aussi, mais je laisse Paul conduire l'engin !

Au Moulin de Barde

Je continue dans le Périgord au « Moulin de Barde » petite exploitation fromagère de chèvres. J'attendais avec impatience de pratiquer la traite, Brigitte possède 30 animaux qu'il faut traire mécaniquement. Elle vend à la ferme ou sur le marché ses cabecous et ses tommes.

Je partage mon petit chalet avec une jeune californienne de 21 ans très sympathique. Les chèvres sont cabochardes et se chamaillent comme de jeunes adolescentes, ne repectant pas toujours l'autorité surtout avec les nouvelles fermières que nous sommes !

J'ai le plaisir de découvrir un pressoir à l'ancienne (meule en pierre) pour extraire la 1ère huile des noyers de Brigitte, 24 kg de cerneaux donnent la moitié en huile. Le travail est concentré sur la traite du matin et laisse les après-midis de libre pour sillonner les villages alentours : Sarlat, Domme, La Roque-Gageac

La Ferme du Mas de Nuc

Je quitte le Périgord pour le Lot, « Ferme du Mas de Nuc » près de Cahors chez Catherine et Wolfgang, un couple franco allemand baba-cool, quasi auto-suffisant. Catherine est ancienne infirmière à la retraite et Wolfgang un ancien boucher charcutier, expérience qui lui permet de gérer son cheptel de cochons, canards, dindes, poules et brebis. Ici il faut savoir démarrer un feu comme chez les scouts pour se laver, une chaudière à bois est leur seul moyen d'avoir de l'eau chaude tant pour la vaisselle que pour les douches,il faut être patient car l'eau chauffe au bout de 30 min minimum...Auprès de Catherine j'ai appris à feutrer la laine des moutons et confectionner des petites pièces comme des chaussons de bébés et des semelles pour mettre dans mes bottes. Un petit tour dans l'atelier et j'ai eu droit à une initiation à la soudure avec le masque, c'est difficile de voir clair et d'aller droit !

Je passe mon temps dans le potager à "quatre pattes" à désherber mais le rythme est cool, sans pression ni stress.

Pour les amateurs, il y a une piscine à lagunage mais les têtards noirs et les herbes diverses me découragent d'y tremper mes pieds !

Les Vergers de la Borie

Allez en route pour Albi !... sous un soleil de plomb, ma voiture n'étant pas climatisée, je roule fenêtre grandes ouvertes et j'arrive par une magnifique route surplombant Albi et sa célèbre cathédrale.

Chez Valérie et Christian « Vergers de la Borie » je vais souffrir : ramasser les fraises sous 30°C malgré des horaires matinaux (6h30-11h30) la terre est basse. Je me repose à l'ombre des volets clos l'après-midi et sort en soirée lorsque le feu du soleil se calme un peu. Albi est une magnifique ville rose que j'ai la chance d'arpenter en vélo, je visite la cathédrale et le musée Toulouse Lautrec.

Valérie ne compte pas son temps mais ne dégage aucun salaire depuis 2 ans, cet état de fait je le rencontre chez tous mes hôtes, exceptés ceux qui ont eu une activité salariée leur permettant une petite retraite substantielle.

Une déception

Je pensais pouvoir faire du pain chez Laurent, paysan boulanger, Gers du sud, mais ses conditions d'accueil me laissent un goût amer avec pour "cerise sur le gâteau" un mobil-home sale et pas entretenu, je décide de poursuivre ma route vers les Pyrénnées. J'avais intégré ce genre de désagrément qui font partie du voyage.

Sost

Bien arrivée chez Denis et Noëlle Sost à... Sost, nom éponyme, dans les Hautes-Pyrénées. Pour une semaine dans cette fromagerie familiale spécialisée dans la tome de brebis et de vache. Les époux Sost sont très accueillants et souriants malgré le travail harrassant et la maladie de lyme de Denis. J'ai découvert cette maladie qui se répand de plus en plus, actuellement incurable avec parfois des complications sévères. Un berger s'occupe de la vie d'estive et la vente se fait en direct à la fromagerie.

Le Jardin Nourricier

Après une pause estivale à la maison, mi-juillet mi-août bien méritée depuis avril, je reprends la route pour la Charente au « Jardin Nourricier ». Charlotte et Philippe, jeune couple originaire de la région nantaise, ont décidé de changer de vie lorsque la métropole a grignoté les terrains voisins de leur maison. Ils ont jeté l'éponge et cherché une bâtisse à retaper et vivre de leur exploitation.

Végétariens ils se contentent d'une vie simple auprès de leurs deux enfants. Je m'occupe du jardin, de la cueillette des herbes aromatiques à faire sécher. Je note dans mon petit cahier toutes les recettes de Charlotte, excellente cuisinière que je suis pressée d'expérimenter. Je loge dans une grange très rustique accédant par une échelle de meunier, c'est simple mais agréable de sortir de sa zone de confort. Le seul souvenir désagréable est les inombrables piqûres d'aoûtats qui laissent sur la peau de disgracieux boutons rouges et urticants.

Au Pain d'Ami

Je reste en Charente et m'installe pour 3 semaines au « Pain d'ami » chez Norbert et Marie. Ils ont créé une association pour vendre une fois par semaine leur pain cuit au feu de bois. Norbert a une activité à mi-temps à l'extérieur qui leur permet de vivre convenablement. Nous sommes 3 wwoofeuses une jeune allemande et une médecin belge en burn out m'accompagnent. C'est sympa de comparer nos différents chemins de vie et très enrichissant.

J'apprends vite à traire les chèvres à la main et le process du fromage...j'adore !

Je peux maintenant le faire dans ma cuisine, il me manque juste une pièce fraîche pour la conservation. Les après-midis nous confectionnons des bocaux de légumes pour l'hiver : ratatouilles, soupes, coulis de tomates, haricots verts...avant la deuxième traite de la journée à 19:00.

La charente est belle entourée de pieds de vigne, je visite Jarnac et Cognac et grâce à Facebook je renoue avec une amie d'adolescence perdue de vue depuis 35 ans et qui habite la région.

Au Jardin de l'Ecureuil

Déjà mi septembre et je descends dans le Tarn et Garonne au "Jardin de l'écureuil ». c'est la saison des récoltes de pommes et de noix chez Vincent. Je suis logée dans une maison de paille et d'argile au confort très spartiate, matelas au sol je devine quelques grosses araignées tapies, ce ne sont pas mes copines et j'entends les souris gigoter la nuit, ainsi qu'un groupe électrogène juste sous ma fenêtre. Je décide d'écourter mon séjour, l'ambiance est pesante entourée de 3 hommes à l'aise avec la saleté, Vincent n'est pas très bienveillant avec ses wwoofeurs, séparé de sa femme il a du mal à accepter la situation qui pèse sur son moral. Ce sont les aléas du wwoofing, je rédige un commentaire peu élogieux mais juste, sur son profil Wwoof France. Peu de temps après il s'est retiré du site.

La Goulette

Quelle bouffée d'oxygène d'arriver à « La Goulette » chez Myriam et Patrice, toujours dans la région d'Agen, ils exploitent une petite vigne pour en faire du vinaigre. Ils vendent leurs noix, jus de pommes, confitures... J'apprécie la gentillesse et la bienveillance de la petite famille l'esprit wwoofing est bien présent. Je partage mon petit espace avec Valentina une wwoofeuse russe de 63 ans, quel courage a cette femme de parcourir la France avec si peu de vocabulaire mais beaucoup de volonté. C'est une belle leçon de vie.

Jardins de Coursiana

Dernière étape dans le Gers sud aux « Jardins de Coursiana », autre ambiance, autre style ! Véronique et Arnaud possèdent un superbe parc arboré destiné aux visites. Je travaille tous les après-midis, j'accueille les visiteurs et entre deux je confectionne des confitures avec les fruits du jardin : butternut-gingembre-citron, pastèque d'eau-pommes-vanille..je vends à la boutique le miel produit par leur fils, les pruneaux et les noix du verger. Je sers aussi des boissons chaudes et froides ainsi que des sorbets maison. C'est un peu éloigné de l'esprit wwoofing mais reposant de travailler dans un cadre agréable. L'écologie n'est pas primordial et cela me gêne un peu. Je remonte tranquillement en tourraine visiter ma fille cadette avant d'entamer un périple breton.

 

Pépinière de la Belle-Fontaine

« Le fournil du Priouté » paysan boulanger en Vendée m'ayant fait défaut, je pars pour le centre Bretagne chez Hélène à la « Pépinière de Belle Fontaine » atelier de production de jus de fruits et pépinière de fruitiers. Peu d'hôtes accueillent en décembre, période assez creuse pour le wwoofing. Hélène a auto construit sa maison en bois terre et paille via un chantier participatif dans un lotissement communal écologique. L'intérieur est très encombré et d'hygiène douteuse, mais la sympathie et la gentillesse de mon hôte me font oublier ce petit détail.

Je participe à toutes les étapes de la presse du jus de pommes, «  l'atelier nomade » permet aux particuliers de venir presser leurs fruits avec les conseils d'Hélène, les prix sont semi-libres avec une fourchette établie, c'est un excellent principe.

Cet atelier a aussi un objectif militant de décroissance et de développement durable : produire ses propres jus de fruits  permet  de consommer ce qu’on peut cultiver sur place afin d’éviter les transport inutiles, de perdre des récoltes, … mais aussi de valoriser ses arbres et par conséquent d’avoir envie de les entretenir et même d’en replanter. Hélène peut aussi mettre en lien des personnes qui n’ont pas de fruits avec d’autres qui en ont trop …Hélène et ses deux enfants sont musiciens, qu'il est agréable d'entendre le son du violon, de la clarinette et de l'accordéon rythmer les débuts de soirée près du poêle à bois allongée dans le hamac installé dans la maison. Je suis totalement intégrée à la famille et beaucoup d'échanges avec Hélène qui me promène partout.

Frairie du Divit

Que dire de la « Frairie du Divit », près de Pontivy, sinon que ce fut la pire expérience de Wwoofing. Julia jeune femme allemande installée depuis 5 ans en centre bretagne venait de s'inscrire sur le site. Vivant seule avec son jeune fils elle sentait le besoin de s'ouvrir aux autres. La chambre d'hôte qu'elle m'offre est superbe mais Julia est glaciale, le courant ne passe pas malgré mes efforts d'intégration. Julia n'a pas le profil de l'hôte accueillant, chaleureux et désireux de transmettre. En complément de son activité de chambres d'hôtes elle a un petit cheptel d'animaux domestiques : poules, lapins, chèvres, paons, moutons et dindons qu'il faut nourrir chaque matin. Nous interrompons au bout de quelques jours notre cohabitation, Julia me demandant de partir rapidement. Je garde un souvenir amer de cette expérience et je rentre attendre tranquillement les fêtes de Noël chez moi.

La boucle est bouclée...

Ne voulant pas rester sur une mauvaise expérience, je reprends contact avec Catherine, "Au son du Jardin poitevin" ,ma 1ère hôte des Deux-Sévres qui est ravie de me recevoir mi janvier pour clôturer cette année wwoofing.

Je suis accueillie en amie et prenons le rythme d'hiver pour occuper nos journées. Levers tardifs comme le soleil, nous plantons divers arbustes : charmilles, groseillers, cassisiers, remontons les buttes permaculture, débrouissaillons les haies des ronces. Je l'aide en cuisine, repasse le linge lors des journées pluvieuses. Je garde le souvenir d'un séjour calme et agréable et repars avec le plein d'idées et de conseils pour mon prochain jardin.

Je garde un excellent souvenir de cette année sabatique, véritable bouffée d'oxygène, riche d'expériences inoubliables qui vont m'accompagner longtemps. J'ai rencontré des gens pleins d'espoir pour un avenir possible dans une société trop rigide et parfois déshumanisée. On peut vivre heureux avec peu et dans le respect de la nature qui nous est reconnaissante si on vit en harmonie avec elle.

Sur son blog Kamannenvadrouille Frédérica raconte son expérience de wwoofeuse, avec photos des différents lieux.

Wwoofing frederica ferme du mas de nuc jpgFerme du Mas de Nuc - Lot - Feutrage de la laine des moutons

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Date de dernière mise à jour : 14/02/2018