La tonte et ses méfaits

Tondre trop souvent détruit petit à petit la biodiversité. Pendant le confinement on a vu les effets bénéfiques de l'absence d'entretiens des espaces verts communaux et si on s'en inspirait pour arrêter de tondre à tout va ?

Poème écrit après la tonte d'un espace vert (lotissement guérandais)

Les grillons ne chanteront pas ce soir
Dans la prairie citadine qui n'est plus
La moquette jaune et verte a remplacé
Les hautes herbes colorées
Plus de coins secrets où se cacher
Le soir venu quand une à une
Les étoiles s'allument.
Les boutons d'or au jaune ardent
Ont vu les premiers avec effroi
S'avancer vers eux la machine infernale
Qui coupe de ses dents acérées
La nature ébouriffée
Qui a osé s'exprimer en ces jours confinés
Au nom de la sacro-sainte propreté.
Plus de trèfle rose et blanc
Il a volé en éclats de poussière
Dans la lumière du soleil
Ni pissenlit le bien aimé des butineurs
La silène déplore sa robe blanche déchirée
Seules les discrètes véroniques
S'en sortiront peut-être
Par leur modestie sauvée.
Les abeilles un instant déroutées
De ne plus trouver leurs fleurs préférées
A engranger tout au long de la journée
Pollen abondant sur leurs pattes collé
Elles iront voir ailleurs dans les jardins d'à côté
S'il reste quelques belles épargnées.
Les fourmis et autres cloportes
Iront s'enfouir un peu plus profond
Le temps de la repousse verte
Car Dame nature reste la plus forte
Et le jour où l'Homme disparaîtra
Entraînant avec lui ses machines infernales
Elle redéploiera son tapis vert.
Les grillons ne chanteront pas ce soir
Dans la prairie citadine qui n'est plus
Les grillons se sont tus
Dans la douleur du soir.
Mai 2020

 

Espaces verts Guérande, mai 2020 (fin du confinement)

Le plaidoyer d'Eric Lenoir

Il y a un mois environ, j'annonçais à ces ultimes clients chez lesquels nous tondions la pelouse que nous ne le ferions plus, sinon sous forme de gestion fortement différenciée qui préserverait de larges zones de prairie fauchée au maximum une fois par an, afin de préserver et stimuler la biodiversité locale ainsi que la ressource en eau du milieu.

Je craignais un refus et ne l'eus pas. Il semble que j'ai trouvé les mots justes pour expliquer pourquoi il m'était impossible -tant d'un point de vue écologique qu'éthique- de bousiller 3000 m² de ressources alimentaires, hydrologiques, et niches écologiques pour la faune et la flore en plein écocide et crise climatique. Moins d'un tiers en serait désormais tondu, plus rarement.

Revenant pour tracer dans les herbes hautes le nouveau tracé du "jardin dans le jardin", j'ai pu constater ce qu'un mois sans tonte au printemps avait pu préserver ou apporter.
Quelques photos plus parlantes qu'un long discours.
Ah, si, pour mes collègues qui pensent que moins tondre les privera de travail ou de revenus, ou qui peinent à convaincre leurs clients:

1) le client, dans le cas présent, économise 1h de main d'oeuvre par tonte et un passage sur deux. C'est un sacré argument pour le convaincre. Il limite aussi le besoin de ses rosiers, pivoines, arbres et arbustes en arrosage, s'il avait la mauvaise habitude de le faire. Cela limite aussi grandement les attaques de parasites des plantes, car les auxiliaires sont bien plus présents.

2) moins de temps passé sur une tonte. C'est éventuellement plus de temps à passer ailleurs. C'est l'opportunité de laisser la place à de nouveaux clients attirés par des méthodes plus respectueuses de l'environnement, moins invasives, et moins coûteuses pour eux.

3) c'est l'occasion de valoriser vos savoir-faire spécifiques, en proposant par exemple, pour le même montant que celui qui ne laissait place qu'à la tonte totale, des travaux exigeant plus de finesse, qui pourront s'exercer de façon ponctuelle, tels la taille de transparence, un suivi plus pointu des arbres fruitiers, des petites plantations, le greffage, etc. Autant de travaux techniques qui valoriseront votre activité et fidéliseront votre clientèle sur le long terme...sans avoir besoin de machines.

4) vous serez encore plus fiers de montrer votre travail, car il sera beau et sain, et les tontes désormais dessinées laisseront place à votre créativité et à votre sens pratique.

5) ce sera l'occasion, si vous le pouvez, de reprendre la place réelle du jardinier dans le cœur de votre clientèle, en l'invitant à s'émerveiller de la magnificence de la flore à sa porte, en partageant votre savoir sur telle ou telle plante sauvage, tel insecte qui vient y butiner, tel oiseau qui vient le manger. De montrer, donc, que vous savez faire autre chose que pousser une tondeuse, aux ordres, sur un jardin dessiné par d'autres.

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Date de dernière mise à jour : 26/05/2020