Les sources du Mès en été, avec Loire-Océane-Environnement

Une précédente sortie en "Zones humides" m' avait permis de découvrir ce coin de nature préservée tout près de la ville de Guérande : les sources du Mès, en contre-bas du LEP Olivier Guichard : une série d'étangs, vidés en hiver, servant entre autres, de bassins piscicoles.

Cette fois c'est à la fin du mois d'août 2013, alors qu'on a bénéficié d'un magnifique été, que je redécouvre l'environnement des sources du Mès. Laurence, animatrice nature de Loire-Océane-Environnement, nous accompagne tout au long du sentier qui borde les étangs :

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"On y met entre autres des carpes pour qu'elles puissent se développer. Par contre quand on parle de qualité de l'eau c'est un problème puisqu'on sait qu'à partir du moment où l'on a des poissons dans un étang le milieu devient presqu'un milieu mort car les poissons sont souvent des carnassiers et vont consommer les larves et autres petites bêtes qui se développent dans l'eau et de ce fait appauvrir le milieu. Donc la biodiversité va être assez pauvre. La réflexion se fait en permanence pour savoir comment gérer cette activité d'aquaculture et le maintien de la biodiversité. Le LEP se charge régulièrement d'assècher  les différents étangs, d'enlever les poissons et du coup la biodiversité revient, il suffit de peu de choses pour que le milieu se recrée, l'eau étant la source de la vie cela repart à toute vitesse."

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"Y'a pas de soucis avec les déjections de poissons pour l'envasement ?" interroge l'un des participants,

"On est sur des concentrations très faibles donc ça va, et on n'est pas sur des zones complètement fermées, il y a un écoulement permanent. La pisciculture ça reste une activité très invasive pour le milieu, vous avez raison les déjections sont difficiles à gérer. Lorsque je vous parlais de l'influence de ces bassins-là sur la qualité de l'eau du Mès, on compte sur la suite du bassin versant pour pouvoir équilibrer cet apport organique. Là on est sur de tous petits espaces peu concentrés, l'espace où il y en a le plus est beaucoup plus grand et la concentration des poissons est moindre. Dans le milieu naturel on a un équilibre qui se crée, les prédateurs ne peuvent pas se développer s'ils n'ont pas de nourriture, on va avoir un developpement d'insectes, de larves, s'il n'y en pas assez ils ne vont ni grossir ni se multiplier. A partir du moment où vous avez de l'élevage - sachant qu'ici ils ne sont pas nourris de manière artificielle - ils sont plus concentrés que dans un milieu ouvert. Ce qui est rassurant c'est qu'ils ont leurs prédateurs naturels, on voit des hérons, on a même découvert un prédateur qui s'est installé là l'hiver dernier, la grande aigrette, qui normalement est un oiseau vivant en Méditerranée, qui a modifié son chemin de migration et commence à remonter vers chez nous, ceci dû sûrement au réchauffement climatique. Si elle trouve de quoi manger elle va s'installer."

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- "Les sources proprement dites sont là, cachées, elles arrivent par en-dessous, on les entend, elles s'écoulent et on va pouvoir suivre leur écoulement en longeant un autre bassin, le troisième étang."

Durant le parcours sur le sentier longeant les différents étangs, on observe une végétation abondante. Ce qui est frappant c'est de voir que malgré le magnifique été qu'on a eu cette année, la verdure est encore présente partout. L'humidité du milieu et les nombreux arbres en sont la cause et la conséquence. 

Laurence nous présente quelques plantes glanées au fil du sentier : 

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 "Le lierre, une plante mal aimée, qui s'appuie sur les arbres, les murs, s'y accroche car il a besoin d'un support pour se développer mais, contrairement à ce que pensent beaucoup de personnes, il n'abîme pas l'arbre ou le mur. Quand il commence à pousser sur votre maison, il suffit de le canaliser un peu parce que si vous le laissez il va faire son trou, s'il monte sur votre toit il peut déplacer les tuiles, donc n'hésitez pas à le canaliser, à le ratiboiser un peu, mais ce n'est pas lui qui fera écrouler votre mur. 

- ça dépend sur quoi il monte, précise un participant, s'il monte sur un petit arbrisseau bien évidemment il va l'empêcher de se développer mais il n'y a pas de problème sur un arbre bien installé, avant qu'il l'étouffe on a de la marge !

- Le lierre fleurit et a ses fruits en hiver, c'est une ressource alimentaire essentielle pour les oiseaux l'hiver. C'est un lieu de biodiversité très important. Chez vous choisissez-lui un endroit favorable."

 

 

 

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"Autre élément, le genêt à balai qu'on appelait le balai de sorcière, très présent sur les milieux littoraux."

 

 

 

 

 

 

 

 

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"La fougère, présente partout dans les sous-bois, certaines se plaisent à l'ombre, d'autres ont besoin d'être plus au soleil, elles sont parfois très basses, très rases, d'autres beaucoup plus hautes et on a même des endroits où elles font pratiquement 2m de haut. Elles se multiplient par les spores. Il semblerait que la fougère soit très bien en paillage sous les fraisiers. Cela permet aussi d'habiller les coins d'ombre et c'est une plante intéressante pour accueillir la biodiversité."

 

 

 

L'aubépine, encore un petit arbuste qu'on trouve dans les haies bocagères, avec des fruits qui permettent de nourrir pas mal d'oiseaux, "Ce sont des arbustes qu'il faut essayer de garder dans nos haies diversifiées."

 

13-prunellier.jpgLe prunelier, "un arbre intéressant par son apport de fruits, qui va permettre à d'autres espèces de se nourrir." S'ensuit quelques idées de recettes... 

 

 

 

 

 

 

 

 

9-ajonc.jpg"Maintenant un arbuste plein d'épines qu'on trouve souvent sur le littoral, l'ajonc, dont chaque pique est en réalité une feuille devenue rabougrie et toute droite au bout. C'est donc un arbuste parfaitement adapté sur la côte, ses épines ne sont pas fragiles et supportent bien l'emprise au vent, le sable... On peut la trouver aussi dans le milieu bocager ou en bord de route. Quand il est en fleur, cela sent très bon, une odeur de noix de coco ! C'est aussi un bon moyen de faire des barrières naturelles : je vous invite à faire plutôt une haie d'ajoncs à la place d'un mur de 2m de haut qui va empêcher les espèces de s'y nicher et de se nourrir !

- Vous devriez venir expliquer ça à notre prochaine réunion de co-propriété, suggère une participante, on veut entourer les maisons de murs...

- On peut y venir si vous nous invitez, on n'est pas une association militante mais on peut suggèrer des idées comme celles-ci pour installer des haies diversifiées afin de favoriser la biodiversité."

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Chataîgniers, chênes, noisetiers, érables, résineux... bordent les étangs de leurs belles ramures.

On arrive maintenant près du dernier étang, le plus grand. Même à cette période de l'année et à sec, il est rempli de verdure !

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"Là-bas vous avez la trappe qu'ils vont bientôt fermer, et attendre que ça se remplisse tout doucement, la végétation va se noyer comme partout dans les zones humides.

- Et l'eau qui était là, elle va où après ?, interroge l'une des participantes,

- L'eau s'écoule naturellement, là aujourd'hui le Mès est quasi inexistant mais dès qu'il pleut un peu l'eau s'écoule et passe la trappe puis continue à couler sur le bassin versant. Juste derrière le muret vous avez un grand fossé avec deux prairies humides de chaque côté, l'hiver on patauge et à cette saison-là c'est sec, la prairie est fauchée. Une zone tampon comme celle-là va permettre de réguler tous les excès en amont dont on parlait tout à l'heure avec l'aquaculture. Le fait d'être à sec va permettre aussi d'épurer, voyez les vases déposées-là s'assèchent complètement, diminuent de moitié et de ce fait aseptisent ce milieu avant la remise en eau. C'est pour ça que l'hiver les bassins sont vidés, de novembre à mars. C'est le premier été que je le vois encore à sec à cette période. Même vide cela a donc un intérêt. On a étudié que sur l'ensemble des cours d'eau de France, ceux qui se portent le moins bien comportent des étangs, à cause de l'accumulation de matière organique ; ceux qu'on laisse s'écouler naturellement dès la source, se portent mieux."

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Cette excursion aux sources du Mès s'achève par l'explication de Laurence sur la gestion très naturelle de cet environnement :

"Par un fauchage simple et basique de l'allée, la plupart du temps entretenue par les animaux - âne, chèvres, moutons - La gestion des arbres ne se faisant que s'il y a danger - par exemple de façon à ce qu'il n'y ait pas de branches qui tombent sur le chemin - et à l'image de l'arbre qu'on a vu dans l'étang, s'il ne gêne pas... il reste là. Voyez-là-bas ces deux arbres qui poussent côte à côte, dans une forêt on ne laisse pas ça car ils se font concurrence, là on les laisse pousser librement l'un à côté de l'autre. L'idée n'est pas de retrouver une forêt primaire parce que ce n'est pas possible mais de permettre aux étudiants du LEP une étude sur le terrain et c'est aussi un avantage d'avoir un petit coin de nature tout près de la ville de Guérande."

Lire aussi l'article : Aux sources du Mès : un sentier découverte autour de l' étang piscicole du LEP de Guérande

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Date de dernière mise à jour : 22/07/2018