Sur les friches de la tempête, les moutons des prés-salés du Frostidié

Au bout d'un chemin de terre s'enfonçant au coeur des marais du Bassin du Mès avec vue sur la baie de Pen-Bé, des bâtiments blancs aux volets bleus : nous arrivons à la ferme du Frostidié dépendant de la commune d'Assérac.

Exposé aux vents d'Ouest qui entrent dans le Traict de Rostu et de Pen-Bé, le site du Frostidié a subi une très grande tempête le 1er janvier 1877. Cette tempête, gravée dans les annales, a engendré un raz de marée dû à une sur-côte de 1,80m. Ce raz-de-marée a détruit en partie la digue qui protégeait les salines alors exploitées. Suite à cette inondation, il a été décidé d'abandonner les marais-salants trop exposés. Le site a aujourd'hui été reconverti en prés-salés.

Ferme du Frostidié

prés-salés du Frostidié

C'est ainsi que suite à un premier achat en 2001 d'une vingtaine d'hectares du site du Frostidié par le Conservatoire du Littoral, Anne Jego a pu installer dix brebis pionnières pour tester les possibilités d'un élevage d'agneaux de prés salés sur ces anciennes salines. L'essai s'est révélé concluant puisque depuis le printemps 2004, une centaine de roussines de la Hague s'ébattent avec leurs agneaux sur 34 ha de terrain.

L'achat des bâtiments en 2008 a permis à la bergère de mieux observer le site et de proposer une vente directe à la ferme. Les consommateurs peuvent ainsi constater les effets positifs du pâturage des ovins sur la "friche" des anciens marais-salants.

source CPIE

Anne Jego est une bergère passionnée par son métier et fervente défenseure de la nature :

"Je travaille à l'ancienne, aucune mécanisation, aucun traitement chimique, ni antibiotiques ni vaccinations. Les seules interventions concernent la vermification, bien en-dessous du nombre autorisé dans le cahier des charges bio. Je garde mes agneaux jusqu'à 18 mois, il faut qu'ils aient le temps de vivre ! La surveillance se fait deux fois par jour, ils se débrouillent très bien ici, ils sont agiles et sont protégés par des filets dans les endroits dangereux. Je les pousse un peu en hauteur lorsque la marée monte."

moutons des prés-salés du FrostidiéSi l'éco-pastoralisme permet le recul de plantes invasives telles que le baccharis, il encourage au contraire la présence de nombreuses espèces végétales rases qui abritent insectes et oiseaux (hibou des marais, balbuzard pêcheur...). D'autre part, l'entretien des canaux de ces marais permet la prolifération d'alevins de poissons marins. source CPIE.

Patrick Bonnet, animateur du Parc naturel régional de Brière, nous décrit les différentes plantes des prés-salés :

"N'hésitez pas à descendre pour les voir de près, les toucher. Beaucoup sont des succulentes, des plantes grasses qui ont une propension à garder l'eau longtemps. Vous voyez ici de l'obione, de la salicorne, de la soude marine, des asters, des zinutes, des statices (lavandes de mer interdites de cueillette), de la puxinelle (grande herbe), du chiendent maritime..."

végétation des prés-salés

"C'est le fond du pâturage des brebis. Ces zones sont inondées lors des marées de coefficient au-dessus de 70, autant dire assez souvent."

Le site du Frostidié a été fortement touché lors de la tempête Xyntia. Jean-Baptiste Vasnier, animateur du CPIE, nous montre des photos prises le lendemain de cette tempête mémorable : l'eau arrivait jusqu' aux pieds de la ferme !

photo prise après la tempête Xyntia, la ferme les pieds dans l'eau

 

"On a eu très peur", se souvient Anne Jego."La digue a été refaite après mais cela n'est pas suffisant, il faudrait la remonter d'au moins 80 cm, ce qui est très difficile."

Outre cette fragilité face à la force de l'océan, le site souffre, comme dans tous les marais-salants, de la pollution aux plastiques.

"Cela ne se voit pas du premier coup d'oeil mais les marais ne sont pas nettoyés comme les plages. Cela fait 10 ans qu'on dépollue mais tout ce qui était caché est réapparu lors de Xyntia ! On ne comprend pas comment on continue à produire du plastique alors que d'autres solutions sont possibles ! On a beaucoup travaillé sur les friches, on a enlevé le baccharis. Petit à petit le milieu s'est reconstitué et les brebis se sont mises à consommer du baccharis, du trèfle, du lotier, de la luzerne..."

Anne Jego est une militante convaincue, aux premières loges pour se rendre compte des dégâts commis par l'homme sur ces zones naturelles. Quand on les parcoure comme ce matin-là avec le CPIE, on ne peut que s'émerveiller de la beauté sauvage de cet endroit où la vue s'étend jusque vers les traicts de Rostu et de Pen-Bé et on ne peut que désirer qu'elle perdure !

Heureusement des mesures sont prises en faveur de la défense de ces milieux fragiles que sont les zones humides : les contrats Natura 2000, les achats de terrains comme ici,  par le Conservatoire du Littoral, les réserves comme celle du Parc naturel régional de la Brière, les aménagements de Cap Atlantique (photo : pieux implantés dans un coude du Mès)...

Sur le site du Frostidié, on peut compter sur les moutons d'Anne Jego, heureux de vivre en semi-liberté dans un environnement exceptionnel, comme "outil de gestion pour la restauration d'un espace sensible" !

 photo d'Anne Jego

magnifique photo prise par Anne Jego, un matin d'hiver

- Plus de photos sur le site d'Anne Jego : le vent des marais.com

- vente directe d'agneaux de prés-salés les vendredi 29 juin, 13 juillet et 14 septembre 2012, uniquement sur commande

- contact : Anne Jego - Le Frostidié - 44410 Assérac

- tél : 02 51 10 29 14 - mail : annejego@orange.fr

 

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Date de dernière mise à jour : 22/07/2018