Des marais sous une surveillance bienveillante

La saline du Marais de Bergaud est située au sud, en amont de l'île de Rostu, sur la commune de Mesquer, au pied de l'étier de Boulay. L'activité salicole de Mesquer s'est développée au fil des siècles pour atteindre son apogée au XIXème siècle : le sel était embarqué à l'étier de la Barre ou au port de Kercabellec. En 1910 la récolte du sel a atteint 9000 tonnes produits sur les 7000 oeillets que comptaient le bassin du Mès.


Le premier samedi du mois de novembre 2012, un petit groupe de personnes désirant mieux connaître ces salines était venu au rendez-vous donné par le CPIE Loire-Océane. Jean-Baptiste Vannier, animateur était accompagné de deux intervenants connaissant bien leur sujet : Laurent Bouineau, paludier représentant l'association pour la protection des marais-salants du Mès et Philippe Della Valle de Cap Atlantique.

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Adjacents aux marais-salants exploités se trouvent des marais abandonnés. Une partie de ces salines ont été transformées en "claires" pour l'ostréiculture (huîtres, crevettes...) dans les années 70 (la transformation en claires a débuté dès l'après-guerre et peut être même entre deux guerres sur Mesquer). Leur abandon a permis peu à peu la colonisation par le Baccharis, une espèce végétale invasive d'origine américaine apparue après la 1ère guerre mondiale au Croisic. Sa colonisation n'est pas liée uniquement à la créations de claires, les brèches présentes dans certains talus ont permis à l'eau de mer de recouvrir des salines abandonnées, les faisant évoluer en prés-salés. Certains sont soumis à toutes les marées, d'autres seulement lors des très hauts coefficients. Des petits fourrés se développent selon l'entretien : obione, salicorne ligneuse, soude...


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Suivant la dynamique salicole et les disponibilités en foncier, les paludiers restaurent des salines incultes, abandonnées parfois depuis plusieurs décennies. Le marais connaît donc suivant les époques, des phases de déprise et de reconquête. Paludier depuis 2003 sur le bassin du Mès, Laurent Bouineau exploite 44 oeillets sur la saline de Bergaud, il nous parle de la façon dont il agit pour entretenir ces marais dans le cadre d'un contrat MAE. Ces Mesures Agro-Environnementales, élaborées en partenariat avec Cap Atlantique, permettent de conserver un bon état général des marais. 30 paludiers du Bassin du Mès ont signé ce contrat :

"C'est notre intérêt de pérenniser notre travail. Le problème ici c'est que toutes les salines ne sont pas exploitée (50 à 60%). On est cependant sur une phase de reprise sur la commune."


Lorsqu'un paludier signe un contrat MAE il s'engage à :

- entretenir les talus, le débroussaillage étant proscrit entre le 15 mars et le 15 juillet,*

- garder la végétation une année sur deux,

- tenir en eau la vasière durant l'hiver,

- l'arrachage du baccharis, "défavorable à la récolte car il fait office de brise-vent ; on trouve aussi parfois des graines dans le sel."

"La vasière de Laurent est remplie d'oiseaux, intervient Philippe Della Valle, car il y a gestion de l'eau ; en effet, à l'inverse, quand l'eau est trop profonde, les oiseaux ne peuvent trouver leur nourriture."

* Certains paludiers pratiquent encore le brûlis des talus par tradition, "pour faire propre" selon leur point de vue, une habitude néfaste.

"Nous avons aussi des engagements en dehors de nos exploitations, sur les salines incultes, lutte contre le baccharis, avec arrachage des jeunes pieds, le plus efficace et quand on ne peut pas on coupe avant la montée en graines. Parmi d'autres travaux : l'entretien des digues, des canaux, le curage des bondes, du fossé qui ceinture les marais pour empêcher l'eau douce de se déverser dans les salines... "

Toutes ces mesures entretiennent la biodiversité et permettent la conservation d'espèces d'oiseaux remarquables comme la Gorgebleue ou le hibou des marais. Le marais de Bergaud a la particularité d'être "écotone" avec deux milieux très différents, le milieu marin et le bocage, il est donc particulièrement riche en biodiversité d'où l'importance de protéger celle-ci par des contrats MAE et Natura 2000 avec notamment "la directive oiseaux" qui protège 45 espèces.

Les sorties CPIE en zones humides ont pour but de mieux faire connaître ces milieux fragiles afin de les protéger, elles ont lieu le premier samedi de chaque mois.

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photo 1 : étier - photo 2 : zone où le baccharis a été en partie éradiqué

Association pour la protection des marais salants du bassin du Mès

Cette association, créée dans les années 70 par des paludiers et propriétaires de marais-salants compte 24 adhérents. Sa vocation première est l'entretien des digues de protection contre la mer et du réseau hydraulique, en partenariat avec Cap Atlantique. Au-delà du maintien de l'intégrité physique du marais, ses prérogatives s'étendent à toutes problèmatiques liées à la sauvegarde des marais-salants, qu'elles soient d'ordre économique ou environnemental. Compte tenu des enjeux de biodiversité et de la nécessité d'entretenir le marais, les paludiers du Mès, se sont impliqués dans la mise en place de contrats Natura 2000 et des MAE.

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Date de dernière mise à jour : 25/01/2013