Chaussage d'une saline dans le Bassin du Mès : Sortie CPIE

Nous avions rendez-vous sur la saline de Lahaye, près de Pont d'Armes, en cet après-midi froid et ensoleillé du début janvier 2011, pour la 5ème sortie en Zones Humides du CPIE Loire-Océane dont le thème était "Le chaussage d'une saline".

"Le Mès, l'un des derniers petits fleuves côtiers, prend sa source au nord de Guérande, au pied du Moulin du Diable et sort en Baie de Pont Mahé." Jean-Baptiste Vannier, animateur au CPIE, déploie sa carte et nous montre le cheminement de ce cours d'eau jusqu'aux salines du Bassin du Mès.

Cpie, Bassin du Mès

Nous rentrons ensuite dans le marais, empruntant les "marches", ces chemins recouverts de vase ou d'argile par les paludiers durant les travaux d'entretien. L'occasion d'y observer, bien moulées dans l'argile, quelques empreintes d'animaux :

"Voici les traces du passage d'un sanglier, on reconnaît bien l'enfoncement des ongles.", Patrick Bonnet, du Parc Régional de Brière, s'aide pour différencier les différentes empreintes d'un guide des éditions Ouest-France "Connaître et reconnaître les traces d'animaux"Le marais est pour le sanglier soit un passage, soit une opportunité pour se "bouser", se débarrasser de ses parasites, ou encore se nourrir de bulbilles... mais il peut causer des dégâts." précise Sophie Questiau, paludière et administratrice de la Coopérative.

Un peu plus loin nouvel arrêt, cette fois il s'agit d'une belle empreinte de blaireau, autre animal omnivore, qui fréquente le marais à la recherche de nourriture.

traces sanglier  traces de blaireau

Nous arrivons sur une vasière en cours d'entretien. Le dessin des oeillets est net, les talus sont recouverts de vase, la marche sur laquelle nous progressons est rehaussée d'argile qui, à la différence de la vase des bassins, est prélevée dans les "bôles", là où pousse la végétation des prés-salés.

"Les sédiments tombent naturellement dans les rigoles, on doit donc régulièrement les entretenir, on appelle ça "rayer". Les vasières sont davantage entretenues qu'autrefois, on le fait soit à la main, avec des pelles, soit mécaniquement à la pelleteuse. On "tourne", de façon à ne pas trop intervenir sur la nature pour laisser les anguilles et poissons se reproduire mais il y en a beaucoup moins qu'autrefois." explique Sophie Questiau.

entretien saline Sophie Questiau

"On divise les grandes vasières. La bonne gestion des vasières est primordiale pour la productivité mais aussi pour les anguilles. Celles-ci remontent le Mès, rentrent dans les vasières et y grandissent, d'où l'importance d'en laisser certaines en eau, afin de créer des zones refuges."

Cet entretien, appelé "habillage", se fait à cette période de l'année, il consiste à débarrasser la vase accumulée dans les bassins. Le paludier pousse la vase sur les talus à l'aide d'un boutoué puis il graisse le talus avec cette même vase.

"Dans la vase on trouve beaucoup de bi-valves, il y a aussi des algues, du limus, qui embête les paludiers mais est nécessaire à la vie dans le marais..."dit en souriant Patrick Bonnet. "Dans l'eau des vasières, des mulets, des bars, sous leur forme juvénile, viennent se nourrir, c'est un véritable réservoir de plancton, de formes larvaires, de crustacés."

entretien saline Sortie CPIE

Autour des salines, les prés-salés sont immergés une fois par mois, zone-tampon , ils ont pour mission de protéger les bassins. On y trouve de l'obione, de la soude maritime, ces plantes appelées "succulentes" capables de compenser en absorbant l'eau qui servent de réservoir de nourriture aux oiseaux et... aux moutons de prés-salés.

"Ces milieux-là ont fait beaucoup dans la protection lors de grandes tempêtes, ce sont des milieux à préserver, l'avenir du littoral passera par ces milieux."

Nous avonçons vers une autre saline, avec quelques arrêts pour observer d'autres empreintes, blaireau, sanglier... renard ?(confusion possible avec celles des chiens)... Une autre plante, fréquente sur le littoral et les marais : la bette maritime, ancêtre de la betterave et que l'on peut consommer jeune.

obionesoude maritime bette maritime

Nous arrivons près d'une bonde, là où le paludier gère la prise d'eau.

"Un bras du Mès arrive ici, l'eau peut monter très haut lors de grandes marées. On alimente nos salines à partir du mois de mars. Il faut être très vigilant lors des prises d'eau qui sont essentielles à la production de sel. On surveille l'heure des marées pour ouvrir, puis fermer l'arrivée d'eau." explique Sophie Questiau en joignant le geste à la parole.

arrivée d'eau

 

 

 

 

 

 

 

Juste à ce moment-là on entend les cris rauques si particuliers des bernaches cravants dont on aperçoit au loin le vol en grand nombre au-dessus du traict.

"Lorsque la marée est haute, elles partent se nourrir d'obione sur les prés-salés. Pour ces oiseaux c'est important que certaines vasières restent en eau pour pourvoir à leur nourriture." commente Philippe Della Valle, de Cap Atlantique.

Outre les bernaches cravants nous aurons l'occasion d'observer des barges à queue noire, des aigrettes garzettes, des goélands, des échasses et même des sarcelles !

On arrive sur la saline de Lahaye, dont Sophie Questiau est la propriétaire, pour y découvrir les différentes étapes du chaussage d'une saline.

Le chaussage consiste à réajuster les niveaux de l'ensemble des fonds d'argile des oeillets. Il peut avoir lieu une fois par génération et demande la participation de plusieurs paludiers solidaires.

"Nous sommes 35 paludiers sur le Bassin du Mès, dont 10 ici, c'est un marais à la campagne, différent de celui de Guérande, même le vocabulaire peut être parfois différent. L'opération de chaussage a lieu une fois tous les 25/30 ans pour une saline. Les oeillets peuvent être penchés, creusés, les ponts tordus. Cette année c'est mon tour, je vais avoir une saline toute neuve." dit-elle toute contente.

- La première étape se fait à l'automne :

"On remet de l'argile neuve apportée sur un chaland, on "charge" les oeillets, on "migaille" (répartir les mottes) avec une pelle, on retourne la vase et on la laisse mariner pendant l'hiver."

chaussage chaussage

- La deuxième étape a lieu au printemps :

"On refait les côtés des ponts, la base des ponts, on trace les hourdis et  on attend ensuite que ça sèche."

- La troisième étape consiste à "charger" les ponts :

"On égalise, on graisse les ponts qui ont fendillé en sèchant."

- La quatrième étape a lieu à la fin du printemps, au lever du jour, quand il n'y a pas de vent :

"On va faire les sillons, on répartit la terre avec une pelle pour l'étaler."

- La cinquième étape est essentielle pour que le niveau de l'eau soit bien plan :

"On "tape" avec une pelle... à taper, bien lourde, qui permet de lisser le fond."

Quand vient l'heure de la récolte, il faut attendre la quatrième prise de sel pour que celui-ci soit bien blanc.

"Une saline nouvellement chaussée c'est plus de productivité. L'entr'aide est importante, on tourne sur les salines des uns et des autres."

chaussage salineOn se dirige ensuite vers le bord du marais, là où on peut voir des salines en friche et c'est le tour de Philippe Della Valle, de nous expliquer ce qu'est une MAE, un contrat Natura 2000 d'une durée de 5 ans, proposé aux paludiers.

"En échange d'une somme de 2000 à 3000 €, les paludiers s'engagent à respecter une charte :

- pas d'utilisation de produits phytosanitaires, pas de stockage de matériaux nuisibles,

- absence de brûlages pour l'entretien des talus, qui sont des pratiques très dommageables pour l'environnement,

- entretien des talus en tournant afin de laisser des zones refuges pour l'avifaune, notamme la gorge bleue à miroir qui nidifie entre le 15 mars et le 15 juillet, toujours au pied de la soude maritime,

- maintenir une lame d'eau sur certaines vasières,

- lutter contre le baccharis qui a impact sur la biodiversité et la productivité (rôle de coupe-vent),

- donner des heures de rayage : travaux de digues, réfection de talus, entretien de la bonde, curage de fossé-ceinture etc..."

Outre une meilleure connaissance du milieu des marais-salants, cette sortie nous a permis de comprendre l'importance d'une bonne intéractivité entre les activités de l'homme et l'environnement. 

saline de Lahaye

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Date de dernière mise à jour : 01/05/2016