Saline de Lasné dans le Morbihan : les paludiers naturalistes

L'histoire des paludiers naturalistes obligés de quitter la saline de St Armel

En 2013 j'étais allée faire un reportage sur la saline de St Armel alors que le paludier était menacé d'expulsion par le Conseil Général du Morbillan, quelques temps après une chaîne humaine avait lieu à cet endroit. Malgré le soutien reçu de la part de nombreuses personnes choquées par cette décision, le paludier et sa famille doivent quitter les lieux en octobre 2015 :

"Bonjour à tous et désolés de ne pas avoir donné de nos nouvelles, nous n'avions pas le cœur de le faire... A l'heure actuelle, voici ce qu'il en est de la réalité nous concernant : nous avons un "sursis" d'un an pour continuer à exploiter la saline de St Armel, donc jusqu'en septembre 2015. Au delà de cette date, nous espérons avoir trouvé un nouveau marais salant sur la presquile de Rhuys et repartir à zéro. Tout cela sous-entend des travaux importants, de nivellement d'abord, par engins mécaniques et ensuite, beaucoup de travail manuel sur plusieurs années. En espérant que la récolte nous permette de subvenir à nos besoins...
Aujourd'hui, 55 mm de pluie suite à un très gros orage localisé au mauvais endroit mettent fin à deux jours de récolte et à nos espoirs de réaliser un stock nécessaire, car nous sommes bientôt à cours de sel.
La saline de St Armel, vous aurez pu le remarquer, n'est plus ce qu'elle était, depuis que nous ne l'entretenons plus (hormis les bassins de récolte), que nous avons retiré le sentier pédagogique parsemé d'ardoises, et même les oiseaux, par "solidarité" peut-être, n'étaient pas au rendez-vous cette année...
Ils nous ont promis de nous suivre dans notre prochaine aventure..."

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Chaîne humaine octobre 2013

Reportage de l'été 2013

Le vendredi 12 juillet 2013 Olivier et Audrey Chenelle, paludiers sur la saline de Lasné située sur la commune de St Armel dans le Morbihan, avaient proposé une "visite à sel ouvert" aux 42 conseillers généraux et aux conseillers régionaux du département. Quatre réponses seulement, négatives, leur étant parvenues - seule Anne Camus, conseillère régionale Bretagne Ecologie, a fait le déplacement - ils décidèrent cependant de maintenir la visite en l'ouvrant aux personnes intéressées. 

Deux groupes d'une vingtaine de personnes se sont succèdés dans l'après-midi et les paludiers n'ont pas ménagé leurs efforts pour les accueillir afin de leur présenter la saline, située dans un espace naturel sensible, et le travail accompli durant ces 10 dernières années passées à oeuvrer pour sa valorisation et la protection de la biodiversité qui l'habite.

La visite commence sous l'ombrage de quelques chênes où un petit coin lecture-relaxation a été installé récemment par les paludiers : un coffre rempli de livres, dons des visiteurs de passage, un hamac, deux petits bancs... invitent à la méditation tout en savourant le calme et le paysage qui nous entoure. 

"Quand j'ai commencé les travaux en 2003 c'était un pré à moutons, les marais-salants n'étant plus exploités depuis...130 ans , sachant qu'un marais-salant non utilisé est voué à devenir une forêt, explique Olivier Chenelle, un marais-salant c'est totalement anthropique. Au 20ème siècle il y a eu la disparition de tous les paludiers dans le Golfe du Morbihan parce que les moyens de conservation des aliments ont changé et parce que les échanges commerciaux se sont accrus ; le sel de Guérande était alors plus apprécié, moins cher. Guérande a failli aussi disparaître par la suite au profit de sel encore moins cher, la mondialisation ne date pas seulement d'il y a 20 ou 30 ans... Ici on produit à peu près 1/3 à moitié moins qu'à Guérande pour une même surface, c'est pour cela qu'il n'y avait plus de paludiers dans le Morbihan quand je suis arrivé, les marais-salants ayant été classés par la suite en zone naturelle sensible."

"Autrefois on ne pensait pas encore aux qualités ornithologiques et naturalistes des marais-salants, c'était "produire-produire-produire" ; moi je vais vous parler de la production, certes, mais aussi d'autres trésors car la plus grand richesse du marais, pour moi, ce n'est pas le sel même si c'est ça qui nous nourrit, qui nous donne un salaire, on ne touche pas un euro de subvention depuis 10 ans... ce qui nous nourrit l'âme, nous fait vibrer ce sont tous les trésors qui nous environnent, la flore, la faune, tout est relié et l'homme n'est qu'un maillon de cet écosystème. Il ne faut pas mettre sous bulle un milieu, comme cela a pu être fait dans des réserves naturelles,  et évincer l'homme de cet écosystème en disant qu'il déséquilibre ces milieux mais plutôt le réintroduire, comme on réintroduit une espèce, et montrer qu'il a un rôle à jouer : si le paludier n'est pas là pour entretenir le marais il s'envase ; il faut aussi mettre en valeur des espaces pour la flore, la faune etc..."

 

C'est ce que font, depuis 10 ans, Olivier et Audrey Chenelle, dans la saline qu'ils exploitent. Que ce soit dans les vasières ou le long des sentiers qui les bordent, de nombreuses ardoises et ateliers de découvertes témoignent de leur attention à ce milieu fragile, à la flore et à la faune qui l'habitent. Grâce à ces installations, créées au fil des ans avec imagination, humour, sens de la pédagogie, par les paludiers, les visiteurs apprennent tout en cheminant, le nom et l'utilité des plantes, le nom et les moeurs des oiseaux et autres bêtes qui peuplent ce milieu.

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La visite se poursuit en avançant un peu dans la saline, là Olivier s'arrête de temps à autre pour détailler tel ou tel élément inféodé au marais... Ici c'est la comparaison entre l'argile, d'origine minérale, et la vase, matière organique provenant de la décomposition des végétaux et des animaux morts ; plus loin, il explique pourquoi la couleur de l'eau se teinte joliment de rose-orangé à certains endroits grâce à la présence de phytoplancton contenant du carotène, la nourriture du petit crustacé artemia salina :

"Grâce à ces toutes petits bêtes l'eau devient belle à nos yeux et ça c'est à l'image de la vie, on a tous besoin des p'tites bêtes."

Pour terminer il présente les différentes étapes de la formation du sel d'un bassin à l'autre, à l'aide d'une maquette qu'il a modelée à même le sol !

Olivier est un passionné qui sait bien transmettre les connaissances acquises tout au long de ces 10 années et surtout l'amour de son travail et de la nature.

"Je vous parlais d'un bloom phytoplanctonique, une usine à produire des phytoplanctons, la base de la chaîne alimentaire, c'est pourquoi il y a plein de vie ici, continue-t-il, il y a 107 espèces d'oiseaux qui fréquentent ces lieux, c'est parce qu'ils ont de quoi se nourrir. On a aussi une protection, des îlots que j'ai construits, une sécurité. Il y a la plus grande colonie nicheuse de sternes pierregarins de Bretagne, 278 couples nicheurs ! 

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"Ici c'est une saline artisanale, comme celles de Guérande, de Ré, de Noirmoutier, d'Oléron, du marais breton vendéen, il y a environ 400 paludiers en tout, appelés sauniers au Sud de la Loire, ce sont des salines artisanales qui n'ont pas évoluées depuis 1000 ans, on y travaille toujours de la même façon, y'a pas de machines, pas de pelleteuses, c'est à la force des bras pour entretenir le marais et récolter le sel, il y a cependant quelques disgressions à Guérande..., dit-il d'un air taquin, pour moi c'est important de travailler comme ça car c'est ainsi qu'on est vraiment en lien avec la nature. On a une accumulation de 2 cm de vase tous les ans dans les bassins, ça conduit à un comblement du marais, pour maintenir l'équilibre du marais , pour qu'il reste tel quel le paludier est obligé d'enlever cette vase, cela se fait hors saison, c'est un travail qui prend beaucoup de temps et d'énergie."

Olivier explique un peu plus loin, l'importance de la gestion de la hauteur de l'eau, aussi bien pour la future récolte que pour, une fois encore, la protection des espèces :

"C'est un espace de production de sel mais c'est aussi un espace pour les oiseaux et notamment la colonie des sternes pierregarins et des mouettes rieuses et donc s'il n'y a pas assez d'eau le renard va les manger ; je prends toujours plus d'eau qu'à Guérande, au ras de mon fil électrique, installé pour pas que le renard passe, il y a 4 ans ce dernier a mangé...600 poussins ! Pour moi c'est moins grave de ne pas faire de sel que d'avoir moins d'oiseaux, je ne pouvais pas admettre que Mr Goupil fasse disparaître mes amis, ce pour quoi j'ai envie de travailler. Le chenal que je creuse autour du bassin en hiver, en enlevant la vase, empêche aussi le renard de passer."

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Le moment est venu de pénétrer au coeur de la saline pour assister à la première récolte de fleur de sel de la saison, prête à "cueillir" justement aujourd'hui, comme un symbole ! Les explications continuent pendant qu'Audrey manie la lousse afin de prélever la fleur avant de la montrer aux visiteurs 

"Ici c'est le sel le plus riche en oligo-éléments de France et même probablement d'Europe, parce que plus il y a de pluie, de bassins versants importants, plus il y a de sels minéraux apportés par l'eau et les sédiments. On a une preuve apportée par un scientifique de la Réunion qui travaille pour le CNRS de l'INRA qui fait des relevés pour tous les sels ; pour la fleur de sel de St Armel il a relevé 49 composés aromatiques et grâce à son étude on va pouvoir tracer une carte d'identité des sels."

Olivier fait ensuite la démonstration de la récolte du gros sel à l'aide du las, tout en continuant à parler de son métier :

"Ce sera la première récolte, il y a toujours un petit peu d'argile, en général la première récolte je la donne aux chevaux, aux vaches."

La saline de Lasné est en effet entretenue naturellement par écopâturage, un entretien en douceur autour des vasières avec des animaux heureux en semi-liberté... une preuve de plus, s'il en est besoin, apportée au respect de l'environnement.

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La visite se termine par un petit cours sur quelques plantes halophiles qui peuvent se consommer, la salicorne, l'obione... avant de réunir une dernière fois tout le monde sous l'ombrage des chênes pour partager un verre de jus de pomme bio en devisant sur ce qu'on a vu et appris durant cette visite.

Audrey Chenelle échange avec Anne Camus, la seule conseillère régionale qui s'est déplacée pour la circonstance, élue de Bretagne écologie :

"On échange des idées sur ce qui peut être fait à l'heure actuelle pour nous défendre contre l'expulsion. Notre avocat a lancé un recours contentieux mais nous on ne veut pas de recours indemnitaire, ce n'est pas les sous qui nous intéressent, ce qu' on veut c'est rester là. Notre premier recours a été refusé il y a deux jours, on réfléchit donc à ce qu'on va faire maintenant car on ne veut pas partir.Le différent vient du fait du tourisme de masse que le conseil général voudrait imposer, des groupes de 50 personnes alors qu'ici c'est un espace naturel sensible, donc protégé, qui ne doit accueillir que des groupe de 20 personnes maximum... Il y a des solutions, on en a proposé plein."

Un peu à l'écart de la saline, des bâtiments neufs, construits cet hiver par le Conseil Général, ont été le déclencheur du conflit :

"C'est la salorge, bâtiment d'exploitation salicole, explique Olivier un peu plus tard, on avait demandé à en faire une maison de la nature mais le projet a été refusé, ils ont juste accepté l'abri à chauve-souris.. Par contre, dans la partie principale ils voulaient faire des bureaux pour le Conseil général et l'Office de tourisme et nous sommes en désaccord avec ça  parce qu'on ne voit pas pourquoi ils voudraient faire ça dans un bâtiment d'exploitation sinon pour avoir un "pied dedans" et que l'Office de tourisme fasse ensuite venir plein de gens... Nous n'avons eu droit qu'à un bureau de 30 m2, dont nous n'avons pas les clefs puisqu'on a refusé de signer l'avenant. Et puis il y a eu l'ardoise dite de la "discorde", selon les articles de presse, car on y écrivait la vérité, qu'on n'était payés que par la vente du sel et non salariés du Conseil Général, ça n'a pas plu... Egalement le problème des groupes de l'Office de Tourisme trop importants, emmenés par la guide de pays qui fait payer les visites, elle vient, elle utilise mes ateliers, quand elle vient avec des enfants elles les laissent avec les ardoises, sur l'argile etc... elle ne m'a jamais dit merci et pire que tout elle a écrit une lettre au Conseil général pour dire que je recevais mal ses groupes..."

batiments-ostreicoles-1.jpg les-ardoises-savantes-philosophes-et-poetiques-18.jpg

8-l-aide-precieuse-des-membres-de-la-lpo-2.jpg"La LPO s'est positionnée pour défendre et argumenter en faveur d'Olivier Chenelle, ajoute Bruno Tandeau de Marsac, présent lors de la visite en tant que membre de la LPO et qui présentait à l'aide d'une longue-vue les oiseaux de la saline aux visiteurs intéressés, parce qu'on a considéré que le marais était bien géré et que ça serait une perte pour la biodiversité, on n'est pas là pour polémiquer ni pour contrer le Conseil Général mais pour essayer de faciliter le dialogue. En tant que délégué, je relaye la position de la LPO nationale

 

 

 

Le travail accompli durant ces dix années pour la restauration du marais et son aménagement en faveur de la biodiversité, le tout agrémenté de pédagogie, de philosophie, de poésie... tout cela témoignait de façon visible de leur amour de la nature et du métier de paludier et faisait plaisir à voir !

 

Commentaires (8)

LEPAGE
  • 1. LEPAGE | 08/08/2016
association qui souhaite faire découvrir le Morbihan. je fouille un peu www.morbihan.com et je tombe sur ce texte.

A proximité de Saint-Armel, ne manquez surtout pas les marais salants de Lasné, réhabilités depuis une dizaine d’années. A pied ou à vélo, vous pourrez déambuler entre les bassins et les œillets et, selon la saison, observer le travail précis des paludiers. Ne repartez pas sans votre grain de sel !

contente de ma trouvaille, je fouille un peu plus et là je tombe sur Presquilegazette qui elle m'annonce que le site est fermé.

je suis extrêmement déçue. c'est vraiment dommage que les sites ne soient pas mis à jour surtout ce genre de site.

comment monter un programme fiable
presquilegazettenet
  • presquilegazettenet | 08/08/2016
Bonjour, (je note que vous avez oublié cette simple formule de politesse... je ne suis pas un robot derrière une machine mais une personne, merci d'en prendre note) Pas très sympa votre commentaire, il faut d'abord s'informer vraiment avant d'écrire... je vous réponds : tout d'abord je gère ce site presquilegazette.net, seule, sans aucune subvention, bénévolement... donc je fais ce que je peux, traitant les sujets qui m'intéressent culturellement ou environnementaux, comme celui-ci, exceptionnellement en dehors de mon département 44. Au sujet du site de St Armel avez-vous bien tout lu l'article jusqu'au bout ??? Le site n'est plus géré par le paludier qui l'avait mis en valeur mais par l'office de Tourisme de St Armel qui a été à l'origine du départ de ce paludier naturaliste ! Le travail effectué par ce dernier a été "récupéré" par l'Office de Tourisme apparemment puisque vous avez lu qu'il y est question de "balade à pied ou à vélo" (pouvez-vous donner ce lien svp ?) ce qui n'était pas le cas, en tout cas pour le vélo, lors de l'exploitation de ce site par ce paludier respectueux de l'environnement. Mon reportage restera donc ce qu'il est "l'histoire des paludiers naturalistes", mon travail n'étant pas de mettre en valeur le tourisme d'une région mais bien celui des personnes qui en prennent soin. Votre commentaire me laisse penser que nous ne sommes pas dans le même état d'esprit... Pour finir, je sais que ce paludier a depuis, heureusement pour lui et sa famille, retrouvé un endroit où ils seront à l'abri des pressions qu'ils ont dû subir à St Armel. Cordialement J.Grenier, reporter bénévole et indépendante
Françoise Betencourt
  • 2. Françoise Betencourt | 30/04/2015
Les marais de Lasne, depuis une dizaine d'année, étaient notre moment de plaisir à chacun de nos séjours en Morbihan. Nous y avons emmené nos enfant, nous nous sommes émerveillés de toutes ces informations, de tous ces aménagements qui nous faisaient mieux comprendre et aimer la nature que nous découvrions. Nous avons passé de longs moment à observer les oiseaux et à chaque fois nous avons été profondément reconnaissants à celui, à ceux, qui entretenaient, mettaient en valeur ce lieu magique.
Triste. Nous vous souhaitons de tout coeur de retrouver une saline et nous vous remercions encore de nous avoir permis de vivre de si beaux moments le long du marais.
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Baraud
  • 3. Baraud | 05/03/2015
Bon courage, espérons que tout s’arrangera. Sinon bonne chance ailleurs.
SIMON
Bonjour,

Ce soir, mercredi 25 février 2015 je découvre les articles sur la défense de votre droit à vivre au travers de votre activité, liée à l'exploitation d'une saline...à l'abandon depuis 130 ans.
Cette histoire est incroyable, ne quittez pas ce qui vous fais vivre!

Les élus n'ont aucun pouvoir, hormis celui que nous leur donnons.
Vous êtes un HOMME LIBRE, vivant sous le soleil comme nous tous.
Quel est le dommage que vous causez?
Où est le plaignant?

Vous pouvez compter sur mon aide, où que ce soit, à n'importe quel moment.
Ce que je dis je le fais, quand je l'écris c'est INSCRIT!

*je réside au Pouliguen
presquilegazettenet
  • presquilegazettenet | 26/02/2015
Bonjour, Merci pour votre commentaire, malheureusement le paludier a fini par choisir de partir, trop de pressions, d'inégalités dans cette lutte, vous pourrez en savoir plus sur cet article : https://www.ouest-france.fr paludier-de-saint-armel-olivier-chenelle-va-quitter-la-saline-
DELETANG
  • 5. DELETANG | 22/02/2015
Je vous souhaite de retrouver, rapidement une saline, cela nous manque, et effectivement, c'est une desolation , de ne plus voir la saline comme avant. au plaisir de vous retrouver a une nouvelle adresse M.Deletang
quesney
  • 6. quesney | 21/07/2014
un article complet, très bien expliqué merci pour ce reportage . longue vie a la saline de lasne.

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Date de dernière mise à jour : 08/08/2016