La Grande Côte et son histoire, sortie CPIE sur la baie du Carbonet

Grande côte

Nous avions rendez-vous ce samedi-là à la pointe de Casse-Caillou, sur la commune de Batz-sur-mer pour une balade sur le sentier côtier qui avait pour but de nous apprendre à mieux connaître cette côte faussement nommée "sauvage".

côte batz sur mer

Entre la pointe de Casse-Caillou et le Dervin, la côte granitique de.Batz-sur-Mer n'a jamais été ce désert sublimé par les voyageurs romantiques sous le nom de Côte "Sauvage". Au contraire, les populations littorales en ont abondamment exploité toutes les richesses naturelles et pas seulement halieutiques (liées à la pêche), et ceci bien avant l'essor du tourisme balnéaire.

Dès la préhistoire, les pointements granitiques les plus imposants ont été exploités pour la fabrication de menhirs, puis comme carrières pour la construction civile et religieuse.

Aujourd'hui encore, les traces de ces activités humaines qui demeurent visibles sont diverses et variées. source CPIE

Baie des Bonnes Soeurs traces de taille de pierres

Photo de gauche : Baie des Bonnes Soeurs, ancienne carrière façonnée de la main de l'homme.

Photo de droite : traces des coups de cisailles des carriers (travailleurs de la pierre)


Tout au long de cette côte, des baies ; nous avons pris le sentier juste après la Baie de la Barrière (appelée ainsi parce que des fortifications y avaient été dressées autrefois) nommée maintenant Baie de St Valentin) et nous avons marché jusqu'à la Baie du Carbonnet. Toutes les explications historiques nous étaient données par Gildas Buron, responsable du Musée des Marais-salants de Batz sur Mer.

"Quelles soient étroites ou larges, que le fond soit tapissé de sable ou de galets roulés par l'océan, toutes les échancrures dans la côte rocheuse sont appelées baies. La Baie du Carbonnet ou de Carbonnet, emprunte son nom à Jean Carbonnet dit Limousin, gabarier (patron, matelot de gabare, embarcation qui sert à charger, décharger les navires du XVIIIème siècle." source CPIE.

baie du Carbonnetbaie du Carbonnet

 

"Certaines carrières ont été plus tard détournées en parcs à coquillages, les "parcs à marchands" pour les huîtres, les bigorneaux...

Il y avait autrefois beaucoup plus de carriers que de paludiers. La taille de la roche, la maçonnerie employait beaucoup d'habitants du littoral. Tout était réutilisé, par exemple la "mitraille" (restes de cailloux) pour les routes.

Cette côte si découpée, n'a donc pas été uniquement, comme on pourrait le penser, façonnée par l'océan mais bel et bien par la main de l'homme, armée de marteaux et de cisailles afin d'y prélever les pierres de granit pour la maçonnerie.

Savez-vous que les pavés guérandais viennent de cette côte ? Ils tapissaient auparavant la plage St Michel où ils ont été récupérés pour cet usage."

sentier douaniers batz sur mer

 La Baie de St Michel porte le nom de la chapelle qui a disparu en 1830. La jetée avait été construite dans l'espoir de voir se développer une activité de pêche à la sardine...

Des villas datant de la belle époque balnéaire, 1910/1920,  bordent joliment cette baie.

Le tourisme commença à se développer vers le milieu du 19e, entraînant une dualité entre ce tourisme et les activités des cultivateurs et paludiers. Des peintres célèbres se sont intéressés à cette côte et s'y sont établis, Jadin, Appert...

 

baie st michel"Sur le site de Penchâteau (tête du château), on a trouvé des traces anciennes de l'occupation humaine, des mégalhites, le menhir de la romaine, le menhir de la Pierre longue..."

La Grande Côte a bel et bien une histoire et ça se voit encore !

Les sorties CPIE ont toujours une orientation nature et c'est Philippe Della Valle, de Cap Atlantique et Jean-Baptiste Vasnier du CPIE,  qui prenaient de temps à autre le relais pour nommer les plantes et les oiseaux que l'on pouvait observer tout au long du sentier.

Dès le point de rendez-vous à la pointe de Casse-Cailloux, l'observation de la dune fut décortiquée :

"La dune embryonnaire commence avec la laisse de mer, d'où l'importance de ne pas nettoyer les plages de façon trop systématique et mécaniquement (!). Les premières plantes apparaissent sur la dune blanche, pourpier de mer, chiendent, criste marine, oyat, euphorbe, lotier, plantain etc.... suivent celles de la dune grise avec le lichen et les mousses, parfois des orchidées (dont l'orchidée araignée), la luzerne marine (protégée aussi)....puis la dune évolue en boisement avec des chênes pédonculés et des pins (introduits par l'homme)."

végétation dunairevégétation dunaire

"Deux menaces pèsent sur ces plantes dunaires, indispensables au maintien de celle-ci, l'urbanisation et les plantations de pins. Le piétinement enlève la pelouse aérohaline (courte avec graminées) et les plantes marines, c'est pourquoi, de plus en plus, les sentiers côtiers sont balisés."

panicault maritime luzerne marine

plantes dunaires panneau littoral

 

 

doigts de sorcièresEn passant près d'un hôtel Philippe Della Valle nous fait remarquer une jolie plante invasive, dont on ne se méfie pas forcément, communément appellée "  doigts de sorcière"... si sa facilité d'adaptation et ses jolies fleurs jaunes vous tentent sachez-le : elle n'est pas la bienvenue sur la côte car, comme toutes les espèces invasives importées par l'homme, elle nuit aux autres plantes indigènes.

 

Une plante est particulièrement protégée : l'oseille des rochers ou rumex rupestris...

C'est une plante vivace herbacée, aussi nommée Patience des rochers. Cette espèce des falaises maritimes est caractérisée par une écologie stricte, dépendant de la salinité de l'air et de l'humidité du substrat. Elle a besoin d'un minimum d'aspersion par les embruns. Elle est ainsi située entre le niveau des marées de vives eaux et la limite supérieure de l'étage aérohalin (milieu soumis aux vents salés). Son système racinaire ne s'accomode que d'un substrat constamment humidifié par des suintements d'eau douce arrivant à la faveur des fissures de la falaise. Présente sur les pelouses aérohalines de la Côte Atlantique, l'Oseille des rochers est une espèce protégée au niveau national car vulnérable. source Cap Atlantique.

oseille des rochers

Nous avons pu observer ce jour-là quelques oiseaux de rivage : le pipitt maritime qui construit son nid dans les falaises, le tournepierre à collier, migrateur venu de Sibérie, la sterne pierregarin, la sterne caugek, l'hirondelle de rivage (la plus fragile de nos hirondelles car elle a peu de sites de nidification).

tourne-pierre à collier


Nous regarderons maintenant différemment cette Grande Côte, escarpée, découpée, façonnée... de la main de l'homme et surtout avec le respect qu'on doit à sa végétation afin que longtemps encore on puisse l'admirer !

 

 

 

 

 

 

Commentaires (2)

Caillet
  • 1. Caillet | 26/08/2012
Cet article est fort intéressant et présente une synthèse appréciable de la vie sur la côte de Bourg-de-Batz.
Quelques précisions cependant :
- «nommée maintenant Baie de St Valentin». En dehors de touristes de passage, cette plage n'a jamais été nommée «Saint-Valentin», mais tout simplement «Valentin», du nom du propriétaire du premier établissement de bain qui y fut construit vers 1850.
- «Il y avait autrefois beaucoup plus de carriers que de paludiers.». Bien qu'aucune date ne soit précisée, cette information me semble douteuse au vu des informations fournies par les recensements.
- «Des villas datant de la belle époque balnéaire, 1910/1920, bordent joliment cette baie [de Saint-Michel].» Ces villas sont plus anciennes; à titre d'exemple : l'ensemble des villas bordant la plage a été contruit entre 1860 et 1900.
- «Sur le site de Penchâteau (tête du château)». Sans doute s'agit-il plutôt de «Pencastel», Penchâteau étant loin à l'est, sur la commune du Pouliguen.
Cordialement.
JFC
presquilegazettenet
  • presquilegazettenet | 26/08/2012
Bonjour, Ces infos avaient été données par notre guide ce jour-là, vous semblez bien informé vous-même, les lecteurs feront leur choix ;) Cordialement, Jacinte Grenier

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Date de dernière mise à jour : 22/07/2018