Témoignage d'Itxaro - Jeune femme Gilet jaune

J'ai eu envie de partager ce beau témoignage car, de même que cette jeune femme et comme d'autres que je croise lors des manifestations ou à la Maison du Peuple, je me suis aussi posée les même questions. Mon Gilet vert au départ s'est marié au jaune quand j'ai compris que cette lutte nous concernait tous et toutes et rejoignait les valeurs défendues dans d'autres luttes (notamment écologiques).

Comme l'écrit Itxaro dans son texte : rien ne vaut pour juger si ce mouvement nous parle que de venir rencontrer les Gilets jaunes, que ce soit lors d'une manifestation ou à la Maison du Peuple (113 rue Maupertuis à St Nazaire) qui, comme son nom l'indique, est ouverte à nous tous et toutes.

Jacinte

Ces jours ci je me trouvais dans un état étrange d'un coté je fais des rencontres extraordinaires dans la lutte avec des gilets jaunes et de l'autre ceux et celles que j'avais rencontré.es avant dans d'autres luttes me désespéraient par leur absence.
Comme d'habitude, j'ai tendance malheureusement, à m'identifier et là c'est encore plus facile car les personnes que je rencontre dans la lutte sont enfin en grande partie celles qui vivent des réalités semblables aux miennes.

Pourquoi enfin, parce que depuis plusieurs décennies nous ne les retrouvions pas dans nos organisations de lutte. Nous ne retrouvions pas (ou plutôt rarement) les femmes jeunes ou de mon âge, des classes les plus populaires qui aujourd'hui sont précarisées, travaillent à domicile et sont souvent éloignées par leur vie des organisations de luttes. Nous ne retrouvions pas les jeunes travailleur.ses précaires, qui malgré nos tentatives on du mal à s'organiser dans nos organisations pour revendiquer leurs droits...

On peut toujours se dire mais ils et elles ne venaient pas, on les attend toujours pour... En fait, il n'est pas question de responsabilité des un.es ou des autres, mais de société aussi. Nous vivons la même ville, mais nous ne fréquentons pas au quotidien les mêmes lieux et quand nous le faisons nous rencontrons-nous réellement pour échanger sur nos préoccupations?

Alors, j'étais en colère contre certain.es de mes ancien.es compagnons et compagnes de lutte que je n'ai vu.e.s sur aucune de nos actions gilets jaunes, qui dénigrent même cette lutte car bien sûr dans cette lutte nouvelle dans sa forme (depuis des années) on retrouve des "fachos". Nous savons tous.tes que dans nos organisations aussi, à moins qu'elles soient très petites, on retrouve des personnes qui tiennent des propos de ce genre.
Comment nous qui voulons changer le monde pour le rendre plus juste, plus équitable et plus écologique, nous n'allions pas dans la lutte avec ces personnes qui prennent les choses en main, même nouvellement pour elles aussi, le changer, le rendre plus juste. Et pour cela, elles bousculent leur vie et comme elles peuvent participent, rencontrent elles aussi des personnes qu'elles ne rencontrent pas d'habitude et surtout échangent sur tout, sur la vie des un.es et des autres, sur ce qu'elles veulent...

Ma colère en fait était souffrance car comme je m'identifie, je me disais c'est du mépris envers nous tous et toutes qui sommes ceux et celles qui vivons les difficultés sociales les plus dures : au travail, à la maison, vis à vis de l'accès à l'éducation, la culture,... Ils et elles ne nous considèrent pas capables de prendre les choses en main convenablement. En fait, je remettais même en cause leurs implications, pensant que cela ressemblait à de la charité chrétienne car on lutte pour les autres, pensant qu'ils et elles n'acceptaient pas le fait que nous prenions nous aussi les choses en main, contrairement à tout ce que disent nos théories marxistes, anarchistes etc...

Et on s'est retrouvé entre "nuits deboutistes" et la discussion, (certain.es d'entre vous diront "c'est votre spécialité !"), m'a permis de revoir mon jugement et donc mon état de désespérance. Ils et elles m'ont rappelé que ce n'est pas aussi grave que ce que je pensais, que beaucoup d'entre nous participent, la majorité même selon ses possibilités, que pour les autres au lieu de se désespérer il fallait aller au contact, expliquer pourquoi chacun.e avons notre place dans cette lutte, expliquer en quoi chacun.e doit y apporter ce qu'il ou elle est... Merci les copines et copains nuits deboutistes qui ont dû supporter ma colère car comme d'habitude je ne fais pas le choses à moité de ce côté-là .

Et puis, je me suis rappelée, aussi grâce à cette discussion, ma propre hésitation au début et comment la détermination de certain.es copains et copines m'a moi aussi convaincue.

Donc pour les hésitant.es, les critiques, les absent.es, venez aux actions, aux AG, à la Maison du Peuple. Venez découvrir comme nous la lutte collective avec tou.tes ces nouveaux et nouvelles participant.es que nous ne rencontrions pas forcément avant. Faites-vous une opinion basée sur la réalité du mouvement, pas sur les écrits, vidéos etc. Toutes nos luttes passées sont présentes elles aussi dans cette intelligence collective qui se crée. Contrairement à ce qu'on dit, les gilets jaunes sont écologistes, toutes nos revendications sont aussi leurs revendications : démocratie réelle, justice sociale, lutte contre la répression...

Témoignage d'Itxaro (j'espère en basque)

Maison du peuple st nazaire

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 07/01/2019